La Russie et la Chine condamnent l'agression américano-israélienne contre l'Iran et l'hypocrisie sans limites de l'UE

Le Cri des Peuples

mars 02, 2026

Déclaration de Vassily Nebenzia, Représentant permanent de la Fédération de Russie à l’ONU, lors de la séance d’information du Conseil de sécurité consacrée aux frappes américaines et israéliennes contre l’Iran du 28 février 2026



Source : Mission permanente de la Russie à l’ONU

Traduction : lecridespeuples.substack.com

Monsieur le Président,

Nous souhaitons remercier le Secrétaire général pour son exposé.

Tout d’abord, nous tenons à exprimer notre ferme désaccord quant au fait que la réunion d’aujourd’hui soit convoquée au titre du point de l’ordre du jour intitulé « La situation au Moyen-Orient ». Nous rappelons que la Russie et la Chine ont demandé que cette séance d’information soit tenue au titre du point « Menaces contre la paix et la sécurité internationales ». Cette même demande figurait également dans une lettre de nos collègues iraniens. L’agression dont l’Iran fait aujourd’hui l’objet a déjà alimenté l’escalade dans la région et risque de déborder bien au-delà de celle-ci, d’autant que l’un des deux instigateurs de cette aventure militaire est loin d’être un État de la région. Les tentatives de la présidence britannique visant à « minimiser » artificiellement l’ampleur du danger que représente la situation actuelle sont tout simplement inacceptables.

La présidence a également rejeté avec un mépris manifeste la demande de la Russie et de la Chine d’inviter Jeffrey Sachs, professeur à l’Université Columbia, à intervenir lors de la réunion d’aujourd’hui. Habituellement, nos collègues britanniques soulignent invariablement l’importance d’associer des représentants de la société civile aux réunions du Conseil de sécurité chaque fois que cela est possible. Manifestement, cela ne vaut pas lorsque des universitaires de renommée internationale sont susceptibles de révéler une vérité pouvant s’avérer peu flatteuse pour les gouvernements occidentaux.

Monsieur le Président,

Ces dernières heures, nous avons été témoins d’un nouvel épisode d’escalade extrêmement dangereuse au Moyen-Orient. Aux premières heures du 28 février, les États-Unis et Israël ont commencé à lancer des frappes militaires massives sur le territoire iranien. Il a été publiquement déclaré que les cibles comprenaient les plus hauts dirigeants politiques du pays ainsi que des installations nucléaires civiles. Nous recevons en temps réel des informations des autorités iraniennes faisant état de victimes, y compris parmi les civils : plus de 200 personnes ont trouvé la mort dans 24 provinces du pays. Nous avons été particulièrement attristés d’apprendre qu’une frappe avait visé une école de filles à Minab, où 85 enfants auraient été tués [le dernier bilan fait état de 148 tués et 95 blessés]. Nous présentons nos sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes et souhaitons un prompt rétablissement aux blessés. Notre pays prend toutes les mesures nécessaires pour garantir la sûreté et la sécurité des citoyens russes actuellement présents en République islamique d’Iran (IRI).

Monsieur le Président,

Les mesures prises par Washington et [Israël] ne constituent rien d’autre qu’un nouvel acte d’agression armée non provoquée contre un État Membre souverain et indépendant de l’ONU, en violation de la Charte des Nations unies et des principes fondamentaux du droit international. Ces actions visent ouvertement à s’ingérer davantage dans les affaires intérieures de l’Iran et à détruire l’État « mal vu » par l’Occident. Comme nous l’avions averti, cette initiative imprudente des États-Unis et d’Israël a déclenché une forte escalade dans l’ensemble de la région, affectant le Bahreïn, la Jordanie, le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Syrie et l’Arabie saoudite.

En outre, l’opération militaire menée par les États-Unis et Israël constitue une véritable trahison de la diplomatie. Une fois de plus, ces pays recourent à la force militaire contre l’Iran au plus fort des négociations, comme ils l’avaient fait en juin 2025. Pas plus tard qu’avant-hier, le 26 février, Genève a accueilli le dernier cycle de pourparlers américano-iraniens facilités par Oman. Comme l’a souligné le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, les parties sont convenues de poursuivre le dialogue. Pour notre part, nous soulignons que la partie russe a, à plusieurs reprises, reçu des signaux indiquant qu’Israël n’avait aucun intérêt à une confrontation militaire avec l’Iran. Et aujourd’hui, malgré sa volonté de s’engager dans le processus diplomatique, Téhéran est une fois encore poignardé dans le dos. En outre, Washington renforce de manière soutenue sa présence militaire dans la région depuis longtemps, ce qui atteste que l’agression contre l’Iran avait été planifiée à l’avance.

Les actions des États-Unis et d’Israël risquent de dégénérer en catastrophe humanitaire et économique. Une fois encore, les menaces pesant sur la sûreté et la sécurité nucléaires et radiologiques suscitent une vive inquiétude.

Le président américain Donald Trump a déclaré aujourd’hui que cette opération visait à empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. De telles affirmations sont toutefois infondées. Téhéran a constamment affirmé ne nourrir aucun projet en ce sens et respecter ses obligations au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). En outre, l’Iran a souligné à maintes reprises qu’il était disposé à placer la préservation de son statut d’État non doté d’armes nucléaires au cœur de nouveaux accords avec les États-Unis, à condition que soit respecté et garanti son droit légitime, en tant qu’État partie au TNP, de développer des technologies nucléaires à des fins pacifiques.

Dans ce contexte, nous considérons comme totalement infondées toutes les tentatives des pays occidentaux visant à justifier cette agression américano-israélienne en invoquant de prétendues menaces pour la paix et la sécurité internationales qui émaneraient du programme nucléaire iranien. Nous ne pouvons que rappeler que les seules sources d’information crédibles à cet égard sont les rapports pertinents du Directeur général de l’AIEA. Or ces rapports n’ont jamais indiqué que l’Iran serait en train de développer des armes nucléaires. Les installations visées sont soumises aux garanties de l’Agence, ce qui signifie qu’elles ne peuvent, a priori, être utilisées à de telles fins. Nous attendons du Directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, qu’il fournisse des évaluations sans ambiguïté et condamne ce nouvel acte des États-Unis et d’Israël visant à saper l’autorité du TNP et du régime mondial de non-prolifération dans son ensemble.

En aucune circonstance des installations nucléaires, y compris la centrale nucléaire de Bushehr, ne doivent être prises pour cible par des forces armées. Cela est inacceptable.

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Monsieur le Président,

Nous constatons que ce qui se produit aujourd’hui constitue la dernière phase d’une série continue de mesures d’escalade prises par les pays occidentaux à l’encontre de l’Iran. Ces mesures comprennent les frappes américano-israéliennes contre le territoire iranien en juin 2025 ainsi que l’ingérence ouverte des États-Unis et de leurs alliés dans la situation politique intérieure de l’Iran en janvier dernier. Nous nous souvenons également des tentatives infructueuses du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne visant à déclencher le mécanisme de rétablissement des résolutions anti-iraniennes du Conseil de sécurité, à savoir le mécanisme dit de « snapback ». Cela ne s’est pas produit grâce aux efforts de la Russie et d’un certain nombre d’autres États Membres de l’ONU, qui ont expliqué à maintes reprises et de manière exhaustive pourquoi le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne n’avaient pas le droit d’invoquer ce mécanisme.

Cependant, rien de tout cela n’a abouti, et les États-Unis et Israël ont une fois encore recouru à la force militaire. Les parallèles évidents avec les événements de 2003 viennent immédiatement à l’esprit, lorsque des représentants américains tentaient de justifier l’invasion de l’Irak par les États-Unis en agitant, dans cette même salle, une fiole contenant une poudre censée prouver que l’Irak possédait des armes de destruction massive — armes que personne n’a jamais trouvées. En 2023, le futur vice-président des États-Unis, Jay D. Vance, a déclaré que la campagne en Irak n’était pas « inévitable », qu’elle avait entraîné la mort d’Irakiens et d’Américains [???] innocents et que Washington devait en tirer les leçons. Il s’est toutefois avéré que cette leçon n’a jamais été retenue.

Dans les déclarations de nos collègues européens (et nous en entendrons davantage aujourd’hui), nous n’entendons aucune condamnation de l’agression, ni la moindre mention des nombreux civils iraniens qui ont perdu la vie. Nous entendons en revanche, par exemple, les propos du président français Emmanuel Macron : « Le régime iranien doit comprendre qu’il n’a désormais d’autre choix que de s’engager de bonne foi dans des négociations afin de mettre fin à ses programmes nucléaires et balistiques ainsi qu’à ses activités de déstabilisation régionale ». Des appréciations similaires ont été exprimées par le Premier ministre britannique Keir Starmer. Ces déclarations absurdes ont ensuite été étayées par une déclaration commune des dirigeants du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, qui ont condamné uniquement « les frappes iraniennes contre les pays de la région ».

Chers collègues, réfléchissez un instant : ces propos sont tenus alors que l’Iran fait l’objet d’une attaque militaire en plein processus de négociation. L’hypocrisie de nos collègues européens ne connaît pas de limites. Il ne s’agit même pas d’un cas de « deux poids, deux mesures », mais d’une forme de réalité parallèle, comme de l’autre côté du miroir. Il existe en anglais un terme qui décrit parfaitement cette situation : « victim-blaming » (blâmer la victime). On a l’impression que Londres, Paris et Berlin vivent dans un monde imaginaire qu’ils ont eux-mêmes créé, tentant de faire croire au monde entier à leurs illusions. Cependant, les tentatives visant à induire la communauté internationale en erreur sont vouées à l’échec : toute personne raisonnable sait parfaitement qui est responsable de la dernière escalade incontrôlée.

Monsieur le Président,

Nous exigeons que les États-Unis et Israël mettent immédiatement fin à leurs actions agressives. Il n’existe pas et il n’existera jamais d’alternative à un règlement pacifique et diplomatique de la question iranienne, y compris de son volet nucléaire. Nous insistons sur la reprise immédiate des efforts de règlement politique et diplomatique en vue de parvenir à des solutions fondées sur le droit international, le respect mutuel et l’équilibre des intérêts. La Russie est prête à apporter tout le soutien nécessaire à ces efforts.

Je vous remercie.

Remarques sur la situation au Moyen-Orient prononcées par l’Ambassadeur de Chine à l’ONU Fu Cong lors de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité du 28 février 2026



Source : Mission permanente de la Chine à l’ONU

Traduction : lecridespeuples.substack.com

Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général António Guterres pour son exposé et j’appuie son appel à la désescalade et au retour aux négociations diplomatiques.

Aujourd’hui, les États-Unis et Israël ont lancé de manière scandaleuse des frappes militaires contre des cibles situées en Iran, provoquant une escalade soudaine des tensions régionales. La Chine est profondément préoccupée par cette évolution. Elle préconise de manière constante que toutes les parties respectent les buts et principes de la Charte des Nations Unies et s’oppose au recours à la force ou à la menace de la force dans les relations internationales, qu’elle condamne fermement. La Chine souligne que la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran ainsi que des autres pays de la région doivent être respectées.

La Chine est profondément attristée par le grand nombre de victimes civiles causées par le conflit. En toutes circonstances, la ligne rouge de la protection des civils dans les conflits armés ne doit pas être franchie, et l’usage indiscriminé de la force est inacceptable. La Chine appelle toutes les parties à s’acquitter de leurs obligations au regard du droit international, y compris du droit international humanitaire, à garantir effectivement la sécurité des civils et à éviter toute attaque contre des installations civiles.

Le recours à la force n’est pas la voie appropriée pour régler les différends internationaux. Il ne fait qu’exacerber la haine et la confrontation. L’escalade et la propagation des tensions au Moyen-Orient ne servent les intérêts de personne. Le dialogue et les négociations constituent la seule voie pour résoudre les différends. La Chine appelle à la cessation immédiate des actions militaires afin d’éviter de nouveaux cycles d’escalade. Les frappes militaires sont intervenues alors que les États-Unis et l’Iran étaient engagés dans des négociations diplomatiques, ce qui est choquant. Les parties concernées devraient faire preuve de sincérité politique, reprendre le dialogue et les négociations dans les meilleurs délais et revenir sur la voie d’un règlement politique.

La Chine est prête à travailler avec la communauté internationale afin de faire progresser les efforts de paix et de contribuer au rétablissement rapide de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient.

Je vous remercie, Monsieur le Président.

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