Critique d'une interview de François Asselineau sur OMERTA


François Asselineau semble influencé par l’Église catholique, allant jusqu'à proposer lors de la dernière université d'automne d'introduire dans la Constitution une référence, sous couvert d'historicité, que "la France est une république laïque de tradition chrétienne". Il expose, dans les onze premières minutes, des idées profondément réactionnaires non partagées par l'ensemble des adhérents ni des futurs adhérents. Il associe la fin de la civilisation à une décadence engendrée par la fin de la religion, la diffusion du nu et de l'érotisme via Internet, la fin des codes moraux et religieux, l'effondrement de la pratique religieuse catholique, la fin de l'autorité en général et des valeurs dites de l'Occident.

Il donne une interprétation psychanalytique pour démontrer que la répression des pulsions et des mœurs libres, par la névrose qui en résulte, serait, par son dépassement, l'élément moteur de l'intérêt pour le travail et la recherche. Il explique pourquoi des populations non soumises à une religion sévère n’évolueraient pas dans un progrès scientifique, économique, militaire et impérialiste. Il critique les mœurs actuelles en s'opposant au wokisme, au transgenre et à l'enseignement qui les évoque, avec quelques propos déplacés. Il fait l'éloge de l'autorité de l’État, des valeurs transcendantes et du respect de la religion. Il développe une thèse assurément fausse, faisant passer l'UPR pour un parti de vieux schnocks dans le mauvais sens du terme. Car il y a un bon sens du terme. Vous connaissez sans doute la revue trimestrielle Schnock, qui relate le schnock des cultures, entre autres. C'est une revue "people", "old school", dont j'offre un abonnement au Président de l'UPR.

Ses propos nécessitent une réponse que je m'applique à faire ici. Je commence par démonter la proposition de référence chrétienne dans la Constitution (bien que non évoquée dans la vidéo).

La Constitution n'a pas vocation à dicter l'Histoire. L'argument était qu'il fallait donner au Conseil constitutionnel des arguments pour préserver les droits sur diverses fêtes et événements issus de la culture chrétienne. Il existe déjà un droit coutumier (dans les DOM et les TOM) et un principe plus général de la coutume qui garantit que le droit ne s'opposera pas aux clochers d'église qui sonnent, aux crèches dans les mairies, aux fêtes religieuses habituelles, etc. Il n'est pas nécessaire d'ajouter dans la Constitution que la France est une république laïque de tradition chrétienne pour garantir ces droits. Cette proposition a une connotation identitaire et pro-traditionaliste. Elle va séduire une partie de l’extrême droite obnubilée par l'islam et épousant les visions américaines de guerre de civilisations. Mais elle divisera profondément les Français. L'Histoire de la Révolution française a été une guerre contre l'Église. Devrait-on alors également le rappeler dans la Constitution, dans une même démarche d'écriture de l'Histoire ? Ainsi, si la raison n'est pas valable, c'est qu'il y en a une autre moins avouable : celle de satisfaire d'obscurs traditionalistes envieux d'un passé révolu, voire de l'Ancien Régime.

Les thèses sommairement décrites par François Asselineau associant l'athéisme à la décadence sont fausses ! En prenant position ainsi, il parjure d'une certaine façon en rompant l'équilibre entre les religions et l'athéisme.

Voltaire a démontré que la morale individuelle ne vient pas de la religion mais d'un principe de relativité individuelle résumé par cette phrase : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse à toi". Et Chomsky a démontré que la morale internationale existe bel et bien et n'est pas qu'un avatar obligatoirement soumis à un empire ou issu de la religion, mais est basé sur un principe de relativité civilisationnelle.

La religion a ses faiblesses car elle est basée sur un texte révélé, et il y en a plusieurs... (alors lequel est le bon ?). Puis, elle a sévi sous l’inquisition par des châtiments barbares tels que la torture et la roue avant l'invention de la guillotine. Elle a aussi des atouts : servir d’œuvres sociales, contrôler les consciences, et couronner les rois. Elle reste ainsi d'une puissance redoutable pendant la Révolution. C'est pourquoi Robespierre inventa une religion pour lui opposer. Quoique ce ne soit pas le terme exact, il institutionnalisa des éléments du mystère essentiel à la base des religions, déjà présents dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (extrait : "...l'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, les droits suivants de l'homme et du citoyen.") et aussi à la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. Il organise la Fête de l'Être suprême au Champ de Mars le 20 prairial an II (8 juin 1794). Il est associé aussi à un calendrier révolutionnaire débarrassé de tous les noms de saints et orienté sur l'activité saisonnière du travail, intéressant à regarder !

L'argument sur l'intérêt d'une éducation sévère, à la lumière de la science, se retourne contre leurs auteurs. Les sciences humaines n'y voient pas particulièrement un facteur de développement mais surtout la réitération de tares d'une génération à la suivante. La violence morale subie enfant est retournée à l'âge adulte. Quant à l’échelle du pays, faire l'éloge de l'impérialisme passé présenté comme la grandeur du pays est plus que maladroit. L'usage de la force pour dominer le monde, ainsi que l’asservissement des peuples autochtones et l'hégémonie, ne peut nullement être porté comme un but, un rêve de grandeur, fût-il le résultat d'une névrose ou d'un complexe. Au contraire, cela doit être combattu, comme cela l'est actuellement par les Russes et le "Reste du Monde" pour promouvoir un ordre international plus juste et sans hégémonie.

Notre mouvement de libération nationale n'a pas vocation à changer l'homme. Nous ne proposons pas un homme nouveau. On recrute les gens comme ils sont, qu'ils soient homme ou femme ou entre les deux, ou les deux à la fois ou ni l'un ni l'autre, ou qu'ils étaient l'un avant puis l'autre après, ce n'est pas notre propos. On n'a pas vocation à changer les mœurs actuelles, à dicter comment faire l'amour, comment construire une famille, ce n'est pas notre propos. Nous ne sommes pas une ligue de moralité. Certains promouvront le nu et l'érotisme, d'autres voudront les censurer, ce n'est pas notre propos.

Il est une erreur que l'on franchit aisément de vouloir changer la société par le prisme d'une éducation des jeunes que l'on voudrait diriger. L'école bien faite protège de la violence de la société, mais elle n'isole pas de la société. L'éducation plus profonde revient aux parents et non à l'école.

Enfin, il convient de préciser qu'une personne qui a changé de sexe (ou plus exactement qui a changé de civilité, pour diverses raisons) n'a aucune raison d'être discriminée dans le métier d'enseignant.

Je pense tout au contraire que la culpabilité véhiculée par une multitude de préjugés bêtes de nature religieuse ou de morales passéistes est un frein considérable à l'éveil de chacun d'entre nous, et donc du peuple et de la nation. On n'imagine pas à quel point, sans ces inhibitions, l'avenir de nombreuses personnes aurait été différent, combien de projets auraient été réalisés, et combien l'histoire aurait été plus proche du peuple


Dominique MABBOUX-STROMBERG
Corrigé par ChatGPT